Cardinal Ambongo à propos de la crise dans l’Est de la RDC : « Nos coeurs sont devenus insensibles à la misère du prochain »

« Nos coeurs cœurs sont devenus insensibles à la misère du prochain », a regretté ce dimanche 28 janvier cardinal Fridolin Ambongo à Goma (Nord-Kivu).

C’était lors de son homélie prononcée à la messe pour la paix co-présidée par des évêques venus du Burundi, de la RDC et du Rwanda, à la paroisse Notre-Dame du Mont Carmel de Goma.

Ces évêques sont membres de l’Association des conférences des évêques de l'Afrique centrale (ACEAC) et sont en visite apostolique au chef-lieu de la province du Nord-Kivu.

En ce qui concerne la résolution de la crise dans la région des Grands Lacs, Cardinal Fridolin Ambongo pense que l’indifférence devant la souffrance des autres fait durer le drame que vivent les populations dans cette zone.

Pour lui, si depuis 30 ans, les victimes des crises ont été enregistrées dans les trois pays, le Rwanda, le Burundi et la RDC, durant la dernière décennie, c’est plus dans l’Est de la RDC qu’on retrouve plus des victimes.

Il invite donc les acteurs, à tous les niveaux, à « un peu d’humanité » pour mettre fin à cette crise qui n’a que trop duré.

« Notre problème dans la sous-région, au-delà d’être un problème politique, il est un problème économique. Et il l’est aussi parce qu’il s’agit des intérêts économiques. Mais notre problème dans la sous-région, nos conflits prennent leur source dans nos cœurs. Nos cœurs qui sont devenus insensibles à la misère du prochain », s’est indigné l’archevêque métropolitain de Kinshasa.

Des questions qui dérangent

« Comment comprendre qu’on continue à se tirer dessus, qu’on continue à jeter des bombes dans les villages des environs alors qu’il y a déjà 6 millions des déplacés qui ne savent plus vers quel saint se tourner. Et malgré tout ça, c’est comme si nos cœurs ont été rendus des véritables pierres. Même si on nous dit aujourd’hui : là-bas on a tué autant, un peu plus loin on a massacré autant, plus loin : on a chassé autant de population de leurs villages… ça nous laisse indiffèrent. Les cœurs de pierre », s’est interrogé le cardinal Ambongo.

Préparer la paix

« Qui veut la paix prépare la paix », est l’un des messages que les évêques catholiques du Burundi, du Rwanda et de la RDC partagent avec la population du Nord-Kivu, victime des conflits armés depuis trois décennies.

Mgr José Moko, évêque du diocèse d’Idiofa dans la province ecclésiastique de Kinshasa et président de l’Association des conférences épiscopales d’Afrique Centrale regrette la persistance des violences dans la région et assure que l’Eglise dans les 3 pays, utilise les moyens dont elle dispose pour tenter de ramener la paix.

« C’est une grosse peine pour vos pères évêques de voir que la violence continue à sévir dans notre sous-région en créant des victimes civiles et militaires, en créant des situations de détresse, … nous ne pouvons pas en 20 ans vous dire exactement quelle a été la portée de notre contribution pour le retour de la paix dans la sous-région. Mais ce qui est sûr, c’est que l’évangile que nous annonçons est un évangile de paix », a indiqué Mgr José Moko.

Au moins 14 évêques participent à cette visite de Goma. Parmi eux, trois du Rwanda, trois du Burundi et 8 des diocèses de la RDC.

« L’église se considère effectivement comme un interpellant faible, parce que l’église n’a pas d’armée. L’église n’a que sa pastorale. Nous ne pouvons pas aujourd’hui décréter la paix ; mais nous prions. Nous essayons d’approcher toutes les couches de nos populations en commençant par les citoyens lambda jusqu’à nos dirigeants. Vos évêques travaillent pour que la paix puisse revenir mais avec les moyens qui sont les nôtres, et qui ne sont pas les moyens à négliger », a fait remarquer l’évêque du diocèse d’Idiofa.

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