Mutombo Dikembe dévoile ses projets pour la RDC

Mutombo Dikembe

Mutombo Dikembe

Le basketeur américain d’origine congolaise a séjourné une semaine à Kinshasa. Il a inauguré un hôpital de 300 lits construits avec son propre financement. Quels sont les autres projets de sa fondation ?
Il s’entretient à ce sujet avec radiookapi.net

Radio Okapi : Vous venez d’inaugurer un hôpital de 300 lits à Kinshasa. Allez-vous faire le suivi régulier de cette oeuvre ?

MD : Oui. J’ai une équipe de mon cousin avec sa femme qui vient au moins tous les 3 mois à Kinshasa pour un suivi. Et puis, j’ai une bonne équipe ici à Kinshasa. Nous avons aussi formé de bons cadres qui ont donné beaucoup de confiance et qui ont beaucoup travaillé ces deux dernières années pour nous fournir les données dont on avait besoin ainsi que la liste des équipements dont on avait besoin pour un hôpital extra-moderne.

RO. Est-ce que la Fondation Mutombo Dikembe compte s’investir aussi dans d’autres infrastructures ?

MD. Non, non. Pour le moment, l’objectif est de terminer la deuxième phase de l’hôpital avec la maternité et la pédiatrie qui n’est pas encore faite. Bien qu’on aura un petite section de pédiatrie pour les cas d’urgence, nous comptons avoir une section de pédiatrie avec plus ou moins 175 lits. Je crois que ça se fera dans deux ans. Des que nous terminons ce projet. la fondation compte construire un internat de première année secondaire jusqu’en sixième année des humanités.

RO : Là on vous voit dans la santé et des projets dans l’éducation, mais vous êtes sportif avant tout. Pas de projet pour les infrastructures sportives ?

MD . Si je m’etais lancé sur le plan sportif, les gens allaient dire que je me concentre sur les infrastructures sportives. Si j’ai choisi la santé, c’est parce qu’on dit que le développement d’un être humain dépend de sa santé. Même un athlète, s’il n’est pas en bonne santé, il risque de ne pas bien performer.

RO : En un mot, pas de projet pour la construction d’un stade ?

MD : Ce sera notre troisième phase de la fondation. Peut-être dans 6 ans, 7 ans, 10 ans. Je ne sais pas quand précisement.

RO : Le journal L’Observateur a annoncé que vous comptiez vous investir dans la construction d’une banque. Vous confirmez ?

MD : Oui. J’ai été invité de faire partie de la communauté banquaire qu’on appelle «Opportunité Internationale». C’est une banque des pauvres qui est présente dans plus ou moins 30 pays du monde avec au moins un million de personnes en crédit et 3 millions de clients en microfinance. Avec l’aide de Bill Gate et sa fondation qui se sont deja lancés avec au moins 10 millions de dollars pour une étude de faisabilité en RDC, il voulait que je vienne ici au Congo et placer cette banque, aider nos pauvres congolais qui sont dans la misère. Ils peuvent alors venir emprunter même 100, 300, 400 ou mille dollars avec lesquels quelqu’un peut acheter quelque chose, faire un commerce, l’agriculture ou l’élevage. C’est vraiment une bonne chose car on veut participer au changement des conditions de vie de nos frères africains.

RO. Et concrètement, cette banque arrive quand ?

MD : Nous venons d’arriver maintenant. Nous avons vu au moins 6 ministres. Il y a une étude de faisabilité qui va commencer dans 3 mois. Et on va y aller par étape, et je crois dans une année ou une année et demie, nous saurons déjà placer cette banque. Mais ça dépendra surtout de la régularité de la banque centrale et du gouvernement central aussi pour remplir tous les papiers. Ce n’est pas facile. C’est comme quand vous voulez construire un hôpital, vous avez des régularisations à suivre.

RO. Parlons basket-ball. Aprés Mutombo Dikembe et Mwadi qui ont fait leurs noms aux USA, c’est le vide ?

MD : Non, ce n’est pas le vide. Mon souci est qu’il y ait d’autres Mutombo Dikembe après mon départ. Ils ne doivent pas être seulement des Congolais, ils peuvent être mes frères africains. Quand je vous parle dans votre studio de Radio Okapi à Kinshasa, il y a déjà plus de 27 Africains qu’on a fait venir à la NBA, qu’on a encadrés depuis l’enfance et qui jouent déjà à la NBA. Il y a même un autre Congolais de nationalité belge, Didier Mbenga, qui vient d’arriver et qui joue déjà pour l’équipe de Dallas. Pour moi, je suis dejà très fier d’avoir d’autres Africains qui jouent à la NBA. L’autre des mes soucis qui restent, est qu’on trouve encore deux ou trois autres Congolais qui peuvent prendre la relève et qui peuvent continuer à faire flotter le drapeau congolais à la NBA.

RO : Puisque vous parlez des Congolais, avez-vous des nouvelles des basketeuses congolaises qui sont restées aux USA après les jeux olympiques d’Atlanta en 1996 ?

MD : C’est une bonne question et je suis très content que vous m’ayez posé ça. C’est moi qui les ai fait venir, qui avais payé les vareuses et les équipements. J’ai même pu conseiller toutes ces dames de faire de leur mieux de rester au pays après les jeux olympiques et qu’on trouverait les moyens de les faire venir jouer au double NBA. Aucune d’elles ne m’a écouté, à part Mwadi Mabika qui m’a écouté et qui a eu même des précisions fixes avec moi personnellement. Elle était la seule à rentrer au pays avec l’entraîneur, les autres ont pris fuite. Et après quelques semaines, je lui avais envoyé le billet et le visa pour venir en Amérique et je lui avais trouvé du travail. Mais aujourd’hui, les autres qui avaient fui essaient de me critiquer, de dire que je ne suis pas venu à leur aide. Moi je dis : «c’est parce que vous n’avez pas respecter mes conditions» . C’est la raison pour laquelle j’ai refusé totalement de les aider.

RO : Parlons des jeunes qui évoluent avec beaucoup de difficultés comme vous l’avez vécu. Vous, vous étiez vendeur de pain.

MD : Oui. Oui. C’est ici à Kinshasa. J’étais vendeur de pain à Barumbu, au Wenze ya ba mbwa, c’est à dire «Le marché des chiens».

RO : Que dites-vous à ces enfants qui connaissent les mêmes difficultés?

MD : Une des choses que j’ai toujours dites à mes frères et soeurs: malgré nos conditions de vie, malgré la pauvreté, la vie ne nous empêche pas, un jour, de devenir quelqu’un. La façon dont Dieu nous a créés, Dieu nous a donné des vies sans barrière. Beaucoup de gens croient qu’il y a des barrières dans la vie qui empêchent d’aller en avant. Même si vous êtes vendeur d’arachides ou de quoi ou de pain comme nous autres qui vendions le pain à partir de 4 heures, avant d’aller à l’école à 07 heures. Nous sommes devenus de grands citoyens dans la société grâce à notre discipline d’enfance, notre discipline observée durant notre chemin de commerce. Par exemple, aller chercher le pain à 4 heures du matin, c’est une discipline personnelle. Elle compte, elle amène quelqu’un à s’améliorer, à devenir une grande personnalité dans la vie.

rnRO : Vous avez grandi à Kinshasa et à l’étranger. Est-ce que vous pensez aux enfants de l’Est ?

MD : Oui, je les salue tous et on s’en soucie beaucoup. Ça fait toujours mal, en tant que Congolais d’origine, de voir mes frères et soeurs qui continuent à souffrir. Nous les Congolais, nous étions connus comme un peuple de paix, un pays qui n’a pas connu beacoup de troubles. Je parle de cela parce que j’ai mon expérience propre. Ma pauvre maman, dont j’ai donné le nom à l’hôpital inauguré, est morte pendant la geurre civile au Congo. Elle est morte quand Kinshasa était attaquée par les rebelles. Elle a piqué une crise cardiaque à cause de la panique et elle en est morte. Je sens donc la douleur de mes frères qui souffrent à l’Est. Ce n’est pas facile. C’est difficile pour moi de continuer à vivre aujourd’hui après la demande de ma mère: «Mutombo tu dois te marier, avoir une famille». J’ai fait de l’argent, je me suis marié, j’ai fait 3 beaux enfants mais ma mère n’a pas eu la chance de voir mes enfants. Je pleure pour ça chaque jour. Et ça fait mal de voir mes frères souffrir à l’Est, mais je crois qu’un jour le bon Dieu nous bénira tous et on se retrouvera dans une paix totale, et où on peut se promener librement.

RO : Vous dites «mes frères, mes soeurs» mais vous avez quand même changé de nationalité.

MD. Cela ne dit rien. Mon coeur est toujours congolais.

RO : Mais vous êtes Américain?

MD : Oui je suis Américain.

RO : Que pensez-vous de la double nationalité ?

MD : Moi je n’ai pas une double nationalité. J’avais besoin de visa pour venir au pays. J’ai beaucoup d’amis américains qui ont une double ou triple nationalité. Cela dépend de la personnalité. Moi, je n’ai pas voulu avoir beaucoup de papiers avec moi.