La société civile du Nord-Kivu toujours opposée à l’intégration du M23 dans les FARDC

En avant-plan, Sulutani Makenga, le chef de la branche armée de la rébellion du M23 à Goma le 20 novembre 2012

Dans une lettre  adressée à Mary Robinson, l’envoyée spéciale du secrétaire général de l’Onu pour les Grands Lacs, et à Martin Kobler, représentant spécial du secrétaire général de l’Onu en RDC, la société civile du Nord-Kivu s’oppose à l’idée d’amnistier  et d’intégrer tous les rebelles du M23 dans l’armée tel que le propose le président ougandais Yoweri Museveni médiateur dans la crise entre Kinshasa et le M23. Une telle démarche est «dangereuse» pour le pays, estime la société civile dans cette correspondance publiée à Goma en début du week-end dernier.

«Notre coordination a appris la proposition du président ougandais d’une solution à la burundaise de la crise du M23. C’est-à-dire, l’octroi d’une amnistie générale à tous les éléments du M23 pour leur intégration ensuite dans les FARDC. Notre coordination attire l’attention  de Mme Mary Robinson et de M. Martin Kobler sur le danger que pareille initiative présente», a affirmé le porte-parole de la société civile du Nord Kivu, Omar Kavota.

D’après lui, «une intégration de ce genre consacrerait l’impunité flagrante des crimes de guerre, crimes contre l’humanité et d’autres graves violations des droits humains perpétrés par les criminels du M23».

Pour la population du Nord-Kivu, a poursuivi Omar Kavota, «la rébellion du M23 est composée des criminels, des militaires rwandais et ougandais qui cherchent à nouveau à infiltrer l’armée congolaise en vue de continuer à fragiliser la réforme de l’armée entreprise par le gouvernement et poursuivre le plan de la balkanisation.»

Il y a dix jours, Omar Kavota  avait exprimé sa «déception suite à la disponibilité du gouvernement congolais à intégrer les rebelles du M23 dans l’armée même dans les institutions politiques », estimant qu’en faisant cela, Kinshasa risquerait « d’intégrer au sein des FARDC une très grande partie de l’armée rwandaise».

Le gouvernement congolais a pour sa part remis à la Monusco une liste reprenant près d’une centaine de membres de la rébellion du M23 qu’il ne souhaite pas réintégrer dans l’armée.

Officiellement, les rebelles estiment que les questions liées à leur réintégration dans l’armée sont « subsidiaires ». C’est ce qu’a affirmé à l’AFP Bertrand Bisimwa, le président du M23 :

“Nous nous battons pour le pays et pour notre survie. Pour la sécurité de notre population, le retour des réfugiés et la réconciliation nationale. C’est à ces problèmes qu’il faut accorder beaucoup plus d’importance. Ces questions doivent trouver une réponse à Kampala. Nous ne nous battons pas pour l’amnistie, nous ne nous battons pas pour l’intégration. (…) La question de l’amnistie, la question de l’intégration, ce sont des questions subsidiaires.

Les dirigeants du M23 ont combattu au sein de l’ex-rébellion du CNDP avant d’intégrer l’armée aux termes d’un accord de paix signé le 23 mars 2009 à Goma avec le gouvernement. Le M23 tire son nom de cet accord de paix dont il revendique la pleine application depuis mai 2012.

En novembre 2012, les rebelles ont occupé brièvement la ville de Goma avant de la quitter en échange des négociations ouvertes en décembre de la même année à Kampala. Ces pourparlers suspendus depuis mai ont repris le 10 novembre dernier après que les FARDC appuyées par la brigade offensive de la Mission de l’Onu en RDC ont repoussé les rebelles à une trentaine de kilomètres de Goma qu’ils menaçaient de reprendre.

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